Jacqueline CHALUPOWICZ

1939 - 1944 | Naissance: , | Arrestation: , |
Jacqueline_Helene_Chalupowicz

Jacqueline Chalupowicz est née le 27 avril 1939, à Paris XIIe.

Son père, Jacob Chalupowicz, est né le 25 janvier 1906 à Varsovie. Sa mère, Ruchla Chalupowicz, est née Worcelman le 30 décembre 1905 à Varsovie. Jacqueline a une sœur aînée, Hélène, née le 11 mars 1938.

Ils habitent au 86, rue de Turenne, Paris IVe. Jacob est inscrit au registre du commerce depuis le 24 novembre 1936 en tant que tailleur de vêtements en cuir, dans un établissement 3, rue Philippe-Hecht. Il est alors inscrit comme « célibataire ». Il est probable que Ruchla et lui se soient rencontrés à Paris. Après leur mariage, elle ne travaillait pas. Au moment de la naissance de Jacqueline, il se déclare « commerçant ».

Le 14 mai 1942, les Juifs étrangers parisiens, Polonais pour la plupart, sont convoqués par la police française dans divers lieux de rassemblement, accompagnés d’une personne de leur entourage. Ceux qui sont sur les listes et arrivent avec leur « billet vert » sont immédiatement arrêtés, tandis que leur accompagnateur est envoyé récupérer leurs affaires et de la nourriture. Ils sont transférés en bus jusqu’à la gare d’Austerlitz d’où ils sont déportés le jour-même par quatre trains spéciaux, dans l’un ou l’autre des deux camps du Loiret.

Jacob a fait partie des 3747 Juifs qui se sont présentés, pensant qu’il s’agissait d’une formalité administrative. Il est donc arrêté et interné – avec 2000 autres victimes de la rafle ­– au camp de Beaune-la-Rolande, le 14 mai 1942, d’où il est déporté à Auschwitz le 27 mai 1942, par le convoi 5 ; il y décède le 11 août 1942.

Ruchla est arrêtée en juillet 1942, en compagnie de Jacqueline, durant la rafle du Vel d’Hiv, au même moment, mais pas ensemble, que sa sœur Marjem et ses deux filles. Ruchla et Jacqueline sont envoyées au camp de Pithiviers le 19 juillet. Après la déportation de sa mère, le 7 août 1942 par le convoi 16, Jacqueline se retrouve seule dans le camp. La fillette orpheline est transférée le 24 septembre 1942 à Beaune-la-Rolande, puis trois jours plus tard, le 27 septembre, au camp de Drancy. Néanmoins une fiche récapitulative indique « venant de Pithiviers [1]». Le 24 octobre 1942, elle est déclarée « libérée »[2]; en fait, elle est confiée à des sœurs qui tiennent une ancienne clinique.

Ruchla meurt à Auschwitz le 21 septembre 1943.

A partir du 20 juillet 1944, les déportations s’accélèrent sous l’impulsion d’Aloïs Brunner, le commandant du camp de Drancy. La chasse aux enfants est ouverte. Brunner décide de récupérer ceux qui sont sous la responsabilité de l’UGIF (Union générale des israélites de France, fondée sur injonction des Allemands), et donc des autorités de Drancy. Des résistants juifs s’organisent alors pour enlever les enfants des orphelinats et maisons d’enfants, où la plupart avaient été placés sous le contrôle de l’UGIF, mais aussi pour certains par leur famille, pour les placer dans des endroits « sûrs ». C’est à l’un d’eux que s’est adressée ma mère, la tante maternelle des fillettes, Marjem Libson pour tenter de la faire libérer, mais ils n’ont pas réussi à la localiser.

Un acte du Ministère des anciens combattants et victimes de guerre (dossier 77980) indique le 22 février 1954 que Jacqueline : « n’a pas reparu à son domicile depuis juillet 1942, arrêté à cette date, puis internée à Pithiviers, a ensuite été transférée le 27 septembre suivant au camp de Drancy. Son nom figure sur une liste de personnes qui ont été libérées de ce camp le 24 octobre 1942 et depuis on a perdu sa trace. » Il semble qu’il y ait eu une erreur sur sa date de naissance, Jacqueline ayant été rajeunie d’un an. Sa fiche stipule qu’elle est « libérée préfecture ». Etait-ce une initiative d’une personne chargée d’enregistrer les enfants, qui lui donnait ainsi la possibilité de sortir officiellement du camp ? Et qui l’aurait ensuite confiée « non officiellement » à des religieuses qui ont pris en charge des enfants de Drancy dans une clinique désaffectée, au 67 rue Edouard-Nortier, à Neuilly sur Seine. Toujours est-il que, le moment venu, ils surent la trouver.

Les dix-sept jeunes enfants (de 2 à 11 ans) recueillis par les sœurs de Neuilly avec Jacqueline n’ont pas échappé à la folie meurtrière des nazis. Un rescapé fait le récit suivant : « Le gendarme français chargé de récupérer les enfants fut pris de pitié en voyant de si jeunes enfants destinés à la déportation et il décida de ne pas les ramener au camp de Drancy. L’ignoble Brunner interpella le gendarme et lui intima l’ordre de ramener immédiatement les enfants de Neuilly sinon tous les enfants présents au camp seraient déportés le lendemain. » Les sœurs de Neuilly qui avaient, entre temps, dispersé les enfants dans d’autres cachettes, furent contraintes de les récupérer sous la menace. Le 25 juillet 1944, les dix-sept enfants furent transférés par bus à Drancy. Ils rejoignirent ceux qui y étaient déjà présents. Plus de trois cents enfants de moins de 18 ans furent déportés à Auschwitz, dont Jacqueline âgée de 5 ans, et dix-huit nourrissons par le Convoi 77 qui partit de Drancy le 31 juillet 1945. Ils furent immédiatement gazés à leur arrivée, le 5 août.

Sa tante entreprit d’importantes recherches après la guerre pour savoir ce qui lui était arrivé. La confusion des dates de naissance a compliqué les choses.  En 1960, le statut de « Déporté politique » était attribué à la fillette, et l’apposition de la mention « MORT POUR LA FRANCE » lui était accordé, « à la demande d’un collatéral ».

Hélène, la sœur aînée de Jacqueline, échappa à la déportation, car au moment où sa mère et Jacqueline ont été arrêtées, elle était hospitalisée pour rachitisme. Sa tante réussit à la soustraire aux nazis : elle la kidnappa à l’hôpital et la cacha chez de courageuses Françaises, Mme Pichon d’abord, puis Mme Bernier à Enghien-les-Bains. Après la guerre, Hélène fut élevée par sa tante comme sa propre fille et vécut avec sa nouvelle famille au 12, rue de Marseille, dans le Xe à Paris. Elle a étudié la couture à l’école ORT. Ses dramatiques débuts dans l’existence l’ont à jamais marquée. Mère de cinq enfants, elle a pris du recul par rapport à cette période douloureuse.

 

Des années durant, malgré le statut qui avait été accordé à Jacqueline, et à cause de l’erreur sur sa date de naissance qui pouvait être une erreur sur la personne et, surtout à cause de l’acte de disparition officiel incomplet du 22 février 1954, nous avons espéré que Jacqueline était peut-être vivante… jusqu’à l’exposition organisée par la Mairie de Paris, en 2012, où nous avons découvert sa déportation dans le convoi 77. Un destin tragique pour un être si jeune, née pour le bonheur et qui n’a connu que le malheur.

 

Yonah Dagan

Notes :

[1] Notons que la date de naissance indique 1919, et est rectifiée.

[2] Un dossier de recherche daté du 3 mai 1956 et du 29 août 1956 précise que le fichier « israélite » de Drancy comporte une fiche établie au même nom mais indique « 1940 » comme année de naissance (ce qui explique l’erreur sur l’inscription souvenir à Neuilly, voir la photo). « Internée à Drancy le 24 juillet 1944, immatriculée sous le N°25896 et déportée le 31 juillet 1944 en direction d’Auschwitz. » (source : Direction des statuts et des services médicaux. Bureau des Déportés et des Statuts divers. Direction interdépartementale de Paris. 1956). Une autre fiche de contrôle du 7 / 24 mai 1956 retrace tout le parcours de Jacqueline, sans erreur de date de naissance. La copie date du 20 juillet 1956. Preuve, s’il en faut, qu’en dépit de ses efforts, l’administration pouvait fournir des renseignements pas toujours fiables, malgré la richesse de ses fichiers de police et du fichier « juif ».

 

Sources :

Ruchla : morte le 21 sept 1943 à Auschwitz : http://www.lesmortsdanslescamps.com/general_fichiers/c.xml

David Diamant [pseudonyme de David Erlich], Le Billet vert. Vie et lutte à Pithiviers et Beaune-la-Rolande, camps pour juifs, camps pour chrétiens, camps pour patriotes, Édition du Renouveau, 1977.

 

Serge et Beate Klarsfeld, La Traque des criminels nazi, Taillandier, 2013.

 

A noter que la plaque apposée sur le l’orphelinat de Neuilly indique à tort que Jacqueline a 4 ans et qu’elle est née à Drancy. L’erreur de date est sur sa fiche de Drancy. Quant au lieu de sa naissance… De même, le texte rapporte l’intervention de gendarmes français, dont un au grand cœur, quand la plaque indique que c’est la gestapo qui a procédé à l’arrestation des dix-sept enfants.

 

 

Jacob_Chalupowicz
Jacqueline_Chalupowicz_et_enfants
Jacqueline_Helene_Chalupowicz
Nortier_enfants_Chalupowicz
Ruchla_Chalupowicz

Contributeur(s)

Yonah Dagan Korner, née Irène Libson, cousine de Jacqueline

References

  • Photo de la plaque du 67 rue Edouard Nortier, Neuilly sur Marne, remerciement au preneur de vue, publication Wikipedia
  • Ruchla : morte le 21 sept 1943 à Auschwitz, voir le lien ci-dessous.
  • David Diamant [pseudonyme de David Erlich], Le Billet vert. Vie et lutte à Pithiviers et Beaune-la-Rolande, camps pour juifs, camps pour chrétiens, camps pour patriotes, Édition du Renouveau, 1977.
  • Serge et Beate Klarsfeld, La Traque des criminels nazi, Taillandier, 2013. Serge et Beate Klarsfeld, La Traque des criminels nazi, Taillandier, 2013.
  • A noter que la plaque apposée sur le l’orphelinat de Neuilly indique à tort d'une part que Jacqueline a 4 ans, lors de l'arrestation, et qu’elle est née à Drancy, d'autre part. De même, le texte rapporte l’intervention de gendarmes français, dont un au grand cœur, quand la plaque indique que c’est la Gestapo qui a procédé à l’arrestation des 17 enfants.
  • Lien ci-dessous vers une vidéo de Yonah Dagan sur la vie des enfants cachées à Enghien.

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