Madeleine Grinberg

Madeleine Grinberg environ 1950

1926 – 2001 | Naissance: PARIS | Arrestation: PARIS | Résidence: PARIS

Madeleine Grinberg est née en France, le 3 décembre 1926.  Elle avait 17 ans quand elle fut arrêtée, internée à Drancy, puis déportée le 31 juillet 1944.

Ses parents l’avaient précédée, et avaient été assassinés à Auschwitz ; son père, Szyga, avait été déporté en août 1942, par le convoi 16 ; sa mère, Ruchla, en février 1943 par le convoi 471 – les policiers étaient venus la chercher, malade, à l’hôpital.  Leurs enfants : trois filles, Pauline, Madeleine et Ginette, et un garçon, Marcel, avec aussi une cousine orpheline, Paulette, que Szyga et Ruchla avaient recueillie, étaient restés dans leur appartement de la rue Saint-Paul, à Paris dans le 4e arrondissement.

 

 

 

Sa sœur aînée étant passée en zone libre, Madeleine, à 16 ans, se retrouva chargée de famille et se débrouilla pour faire vivre les plus jeunes ; elle en parlait peu, sinon pour évoquer parfois les aller-retour dans des fermes pour trouver de la nourriture, et les cageots de bois qu’elle ramassait, attachait en petit bois à brûler, et échangeait contre ce qu’elle pouvait.

Elle avait participé à la Résistance, probablement à l’occasion de ses allées et venues à la campagne, mais elle ne racontait presque rien. Peut-être parce qu’elle n’avait jamais pardonné aux résistants d’avoir laissé partir les derniers convois, de n’avoir pensé qu’à la victoire toute proche en oubliant les déportés. Elle pensait qu’ils auraient pu profiter de la débâcle pour saboter les voies, pour sauver ces vies.

Elle disait il y avait tellement d’enfants.

Il est difficile de comprendre pourquoi le convoi 77 a pu quitter Drancy pour Auschwitz à quelques jours de la libération de Paris, mais une chose est certaine : Madeleine était très intelligente, comprenait et analysait très vite ; ses conclusions se vérifiaient chaque fois, les événements lui donnaient raison.

Madeleine n’a jamais dit non plus comment et quand les deux plus jeunes ont été évacuées, ni ce qui s’est passé ; quoi qu’il en soit, quand la concierge de l’immeuble dénonça les Juifs du second étage, il en restait deux à arrêter, Madeleine et son frère.

Ils survécurent tous les deux à Auschwitz. Nous savons seulement qu’elle avait travaillé dans une usine.

Elle pesait 28 kilos quand elle revint. Tout le reste de sa vie, elle ne supporta pas de voir un être vivant avoir faim ou froid, elle le nourrissait.

Sans parents ni personne, Madeleine n’a pas repris les études qu’elle rêvait de faire, pour lesquelles elle était faite : les rescapés des camps nazis ont été soignés à leur retour, puis ont dû se débrouiller à peu près seuls pendant quelques décennies avant d’être aidés.

Elle a travaillé, s’est mariée avec Aharan Likforman, qui avait eu « de la chance » : il avait été un enfant caché et avait échappé à la déportation ; ils ont eu des enfants, puis des petits-enfants.

Elle est morte le 24 novembre 2001 avant de connaître ses arrière-petits-enfants.

Elle parlait peu d’Auschwitz, mais elle disait ça recommencera. Comme dit plus haut, notre mère avait toujours raison.

 

1 Contrairement à tous ceux qui ne savaient pas, Ruchla, en 43, savait qu’elle ne reviendrait pas ; elle l’écrit dans un mot qu’elle a réussi à faire parvenir à ses enfants;

Madeleine Grinberg environ 1950
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