Salomon PASSY

1879 - 1944 | Naissance: , | Arrestation: , | Résidence:
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Biographie de Salomon PASSY, réalisée par Vanina Leroux, élève de terminale littéraire au lycée Galilée de Guérande, sous la direction de son documentaliste Mr Olivier Guivarc’h.

Un jour de février 1944, un vieil homme est arrêté à Paris. Emmené au camp de Drancy, il y est interné. Il n’y restera pas longtemps : en effet, le 31 juillet 1944, on l’entasse avec plus de 1300 autres personnes, de tout âge et de toute origine, dans des wagons à bestiaux. Le train avance lentement et au bout de trois jours interminables, il arrive à destination. Le 3 août 1944, au camp de Birkenau, c’est l’heure de la sélection : pour certains, c’est le travail forcé ; pour la majorité, la chambre à gaz. On ne peut savoir ce qui est arrivé au vieil homme à partir de son entrée dans le camp : mais on peut supposer, à la vue de son âge avancé, qu’il a été assassiné dés son arrivée.

De 1879 à 1939 : La vie en France avant la Guerre

Si cet homme est né en Turquie le 28 octobre 1879, il vit sur le sol français depuis 1898. Il a ainsi, à l’âge de 19 ans, quitté son pays d’origine pour la France, sans doute à la recherche d’une situation économique et politique plus stable. La France est en effet, à la fin du XIXème siècle considérée par de nombreuses populations étrangères comme « une terre d’accueil » : elle est continuellement associée aux droits de l’homme.

En 1908, il épouse Sarah MOUCHABAC qui est née, comme lui, à Constantinople. Ils habitent alors dans la capitale au 16 rue Popincourt dans le 11ème arrondissement. Un an plus tard, ils donnent naissance à leur domicile à une petite fille, prénommée Jeanne, qui deviendra française par déclaration à l’âge de ses 16 ans. Cet homme fait vivre sa famille principalement grâce au restaurant qu’il tient pendant près de 18 années. A partir de 1931, il gère un magasin de bonneterie mais, déclaré en faillite en 1934, il quitte Paris avec son épouse et probablement avec la famille de sa fille pour la ville de Saint-Nazaire. Alors, dans une situation financière difficile, le couple emménage dans un premier temps au 13 rue Villès-Martin à Saint-Nazaire. Quelque temps plus tard, ils décident d’aller vivre avec leur fille au 24 rue Alcide Benoit dans la même ville. Jeanne a eu deux enfants avec Robert Perahia : Albert et Victor. C’est ce dernier qui racontera des années plus tard, à travers son histoire, le destin tragique de son grand-père :

« Avant la guerre mes parents, qui étaient marchands forains, mon frère aîné Albert et moi, vivions à St Nazaire,près de Nantes. Mes grands-parents maternels […] habitaient aussi avec nous. Nous étions une famille très unie et, aussi loin que je me souvienne nous nous entendions tous très bien. »


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1937

Toute la famille habite alors non loin de la place Marceau, poumon économique de Saint-Nazaire où se tient le marché. Avec son beau-fils, l’homme devient marchand forain en 1936 : le premier vend de la bonneterie pour femme tandis que le deuxième vend des tabliers.

                        Place Marceau, Saint Nazaire

De 1940 à 1944 : La guerre, les persécutions et la déportation

Le début de la guerre en 1939 bouleverse tout l’équilibre de cette famille, comme en témoignera le fils de Jeanne :

                              Signature

« Saint Nazaire était occupée par les Allemands. L’atmosphère à la maison changea brutalement. Les premières lois portant atteintes aux Juifs furent édictées. […] Mes parents comme beaucoup d’autres juifs, voulaient surtout s’intégrer et respectaient donc les lois de la République»

Suite à l’application de la première ordonnance allemande en France occupée le 27 sept 1940, l’homme passe ainsi à la sous-préfecture de Saint-Nazaire pour faire recenser sa femme, sa fille et son beau-fils ainsi que ses petits enfants. Son commerce et celui de Robert sont eux aussi listés par l’administration suite à la deuxième ordonnance allemande du 20 octobre 1940. Début décembre 1940 a lieu l’aryanisation des deux commerces et des scellés sont apposés sur les locaux servant de lieux de stockage, c’est à dire dans leur appartement, entre le 03 et le 05 décembre 1940. La famille est dorénavant privée de tout revenu.

                                  1939

Le danger grandissant avec les bombardements et surtout les persécutions de plus en plus virulentes, il décide de quitter Saint-Nazaire.

« Pour se protéger, mes grands-parents ont décidé d’aller s’installer à Paris et d’emmener avec eux leurs petits enfants. J’aurais dû partir avec mon frère mais je ne voulais pas quitter mes parents »

Le couple, accompagné d’un de leurs petits enfants, Albert, retourne sur la ville de Paris au mois de février 1941 au 5 rue Belfort dans le 11ème arrondissement. Au cours du mois de février 1944, le vieil homme est arrêté dans une des rues de Paris. Les circonstances réelles de son arrestation restent inconnues. Arrestation rendue d’autant plus singulière, par le fait que ni Sarah Passy, ni Albert ne seront arrêtés.
Arrêté puis interné à Drancy, le vieil homme est déporté le 31 juillet 1944 par le convoi numéro 77.

Carnet de fouille (Drancy)

          Fiche de Drancy

                          Cet homme, à la fois mari, père et grand-père avait 65 ans. Il s’appelait Salomon PASSY.

 

 

 

Note

La famille Perahia est arrêtée à son domicile le 15 juillet 1942, dirigée dans un premier temps dans le quartier de Sautron à Saint-Nazaire puis à Nantes, puis au Grand Séminaire d’Angers. Les enfants n’étant pas déportables à ce moment là, Victor est rayé des listes du convoi numéro 8 et est envoyé avec sa mère, Jeanne, au camps de La Lande à Monts près de Tours en Indre Loire. A la fin de mois d’août 42, ils sont envoyés à Drancy puis ils seront déportés par le convoi n°80, parti en août 1944 pour Bergen-Belsen. Il survivront jusqu’à la Libération en 1945.

Robert Perahia quant à lui, fait partie du convoi numéro 8 parti le 20 juillet 1942 vers Birkenau d’où il ne reviendra pas.

Depuis une dizaine d’années, Victor Perahia témoigne dans les établissements scolaires. Son témoignage a été publié avec d’autres dans « Traces de l’enfer » édité par Larousse en 2015. C’est de cet écrit que sont tirées les citations qui apparaissent dans la biographie de son grand-père.

 

 

Sources

Liste dactylographiée du recensement des Juifs de l'arrondissement de Saint-Nazaire transmis à la Préfecture de Nantes le 08 novembre 1940 Archives Départementales de Loire-Atlantique, 1694W25
Liste des entreprises aryanisées de l'arrondissement de Saint-Nazaire décembre 1940 Archives Départementales de Loire-Atlantique , 1694W25
Changement de résidence des Israélites du 26 janvier 1941 au 25 février 1941 Archives Départementales de Loire-Atlantique 1694W25
Dossier d'étranger 1935-1939 Archives Départementales de Loire-Atlantique, 4M936
Courrier de Saint-Nazaire et de la Région du 02 octobre 1941 [Presse en ligne Archives Départementales de Loire-Atlantique]
Carnet de fouilles de Drancy 1944 Centre de Documentation Juive Contemporaine [en ligne, Mémorial de la Shoah, Paris]
Dossiers nominatifs de la Police de Sûreté 1936 Archives Nationales, Pierrefitte-sur-Seine, 199404690090
Fichier de Drancy Archives Nationales Pierrefitte-sur-Seine [consulté sur poste informatique]
Dossiers d'aryanisation du Commissariat Général aux Questions Juives 1941 Microfilm Archives Nationales Pierrefitte-sur-Seine AJ38 4598 dossier n°2540
Contôle des Etrangers Brigade Mobile de Trains 25 avril 1940 Archives Nationales 19940500164 dossier 1068x
Traces de l'enfer,  Larousse, 2015

 

Contributeur : Vanina LEROUX Terminale Littéraire Lycée Galilée Guérande sous la direction d'Olivier GUIVARC'H Documentaliste
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Contributeur(s)

Vanina Leroux, élève de terminale littéraire du lycée Galilée de Guérande, sous la direction du documentaliste Mr Olivier Guivarc'h.
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