Henri SAMUEL

1888 - 1944 | Naissance: | Arrestation: | Résidence: ,
SAMUEL Henri avec son pere
Extrait de la biographie réalisée par l’AFMD –  Suvi de la biographie complète établie par la classe de Marion PINCEMAILLE, professeur d’histoire géographie au Collège Suzanne Lalique Haviland de Wingen sur Moder.
Est né le 11 mai 1888 à Weiterswiller (67). Il est le fils d’Abraham et d’Elise née LEHMANN et l’époux de Palmyre née LÉVY.Commerçant en chevaux il est domicilié à Haguenau (67).
Il est aussi appelé Henoch SAMUEL, avec son prénom hébraïque.
Expulsé du Bas-Rhin en juin 1940 il se réfugie avec sa famille à Lapalisse (03) où ils sont domiciliés rue Traversière, puis Route Nationale.Ils se font recenser à Lapalisse comme Juifs français conformément à la loi antisémite du 2 juin 1941 promulguée par l’Etat Français […]Lire l’intégralité de la biographie sur le site de l'AFMD

Suite à l’étude par la classe de Madame Marion PINCEMAILLE, professeur d’histoire-géographie au Collège Suzanne Lalique Haviland de Wingen sur Moder, à proximité de la Petite Pierre en Alsace, conduite avec sa classe, en 2017 2018, nous publions ici une biographie plus détaillée.

Portrait extrait d’une photo de famille prise dans le jardin de la maison de Weiterswiller, au début des années 1920. Derrière Henri, nous pouvons distinguer son père, SAMUEL Abraham.

Une enfance à Weiterswiller (Bas-Rhin)

Henri SAMUEL est né le 11 mai 1888, à 3h00, à Weiterswiller (Bas-Rhin). Il est le huitième enfant d’Abraham SAMUEL (né en 1845 à Weiterswiller, vétéran de 1870[1] et prisonnier de guerre français à Rastatt[2]) et de Elise LEHMANN (née à Itterswiller), mariés en 1874 à Weiterswiller.

Photographie probablement prise dans les années 1920. Nous pouvons y voir au premier plan Élise Lehmann et Abraham Samuel, ainsi que leurs huit enfants (de gauche à droite) Sylvain, Henriette, Juliette, Clémence, Jacques, Émilie, Céline et Henri.

 

Il est le frère: d’Emilie, née le 30 janvier 1875 et épouse de LEVY Jacques (noces célébrées le 03 mai 1899) ; d’Henriette, née le 31 juillet 1876 et épouse de SCHWARTZ Gabriel ; de Sylvain, né le 27 mai 1878 et époux de SALOMON Elvire (noces célébrées le 26 juillet 1911) ; de Jacques, né le 01 mai 1880, époux de WEIL Berthe ; de Juliette, née le 27 janvier 1882 et épouse de REHS Maurice Moses (noces célébrées le 05 novembre 1907) ; de Clémence, née le 11 juillet 1884 et épouse de SAMUEL Joseph, leur cousin germain (noces célébrées le 14 octobre 1909) ; de Céline, née le 10 août 1886, épouse de WEILL Joseph Arthur (noces célébrées le 14 octobre 1909) ; et de Mathilde et Mélanie, sœurs jumelles nées le 17 juin 1890 et décédées respectivement le 31 mai 1891 et le 20 mai 1891[3].

 

Photographie de la maison familiale des SAMUEL à Weiterswiller. On peut voir, en bas à gauche, les parents d’Henri, Elise LEHMANN et Abraham SAMUEL.
Photographie datant du début des années 1920.

 

Henri SAMUEL et sa famille occupent la maison familiale située rue principale à Weiterswiller. Son père, Abraham SAMUEL l’a acquise en 1892, avec ses « bâtiments annexes, pour 5000 à 6000 marks »[4]; il y tient « commerce de grains, fourrages »[5], de chevaux (avec ses fils et son neveu/gendre), « d’engrais mais aussi d’étoffes et d’habits dans le même temps où il exerce une activité de courtage »[6] (on peut d’ailleurs apercevoir l’enseigne « Abraham SAMUEL » sur la façade de la maison). Ils ont deux domestiques à leur service, Michel Balzer et Catherine Ernst.

Alors que Sylvain et Clémence demeurent à Weiterswiller avec leurs conjoints, Emilie suit son époux à Quatzenheim, associé avec Paul[7] et Sylvain[8] LEVY comme marchands de bestiaux (ceux deux hommes sont d’ailleurs les frères de Palmyre SAMUEL née LEVY) ; Jacques s’installe à Wasselonne (où il ouvre la pharmacie du Lion, appartenant aujourd’hui encore à ses descendants) ; Céline à Bonn (Allemagne) ; Juliette vit avec son époux à Herrlisheim, avant de gagner Strasbourg (place Clément)[9] où habitent plus tard Henriette, puis Céline (28 avenue de la Paix)[10].

 La vie du couple Henri et Palmyre Samuel: une vie aux côtés de la famille Samuel

Photo de famille prise dans le jardin de la maison de Weiterswiller, au début des années 1920. De gauche à droite: Palmyre Samuel née Lévy, (une inconnue), Sylvain Samuel, (une inconnue), Abraham Samuel, Henri Samuel, Michel Balzer tenant un enfant par la main, Alfred Samuel, et une inconnue.

 A Weiterswiller

Le 22 juillet 1914, à Quatzenheim, Henri épouse LEVY Palmyre (née le 14 décembre 1887), qu’il installe ensuite dans la maison familiale à Weiterswiller. Le couple n’aura aucun enfant.

Henri Samuel avec à son bras son épouse, Palmyre Samuel née Levy; assise à leurs côtés, Clémence Samuel (archives privées famille J-F Weill)

Durant la Grande Guerre, il revêt l’uniforme allemand, comme l’atteste la photographie ci-contre où il pose avec son épouse Palmyre.

 

Ernest Weill, fils de Céline SAMUEL et Joseph Arthur WEILL, raconte ses vacances à Weiterswiller, entre 1918 et 1922 (lorsqu’il avait entre 3 et 7 ans).

            « A Bouxwiller, un de mes oncles, Sylvain ou Henri, nous attendait avec une voiture de maître. J’étais très fier d’avoir le droit de m’asseoir à côté de l’oncle qui conduisait le cheval. Nous prenions alors la direction de Weiterswiller, où habitaient mes grands-parents, la famille de mes oncles Sylvain, Henri et Joseph et tous mes cousins. »[11]

Au 1er août 1920, Henri et Palmyre, ainsi qu’Abraham SAMUEL, Elise LEHMANN, Sylvain SAMUEL, Elvire SALOMON et leurs enfants Albert et Marthe, et enfin Joseph, Clémence et leur fils Alfred SAMUEL, sont réintégrés dans la nationalité française. Henri et Palmyre parlent français et le dialecte alsacien, alors que Sylvain et Joseph ne s’expriment qu’en dialecte[12].

 

A Haguenau

En octobre 1922[13], Abraham SAMUEL vend la maison familiale de Weiterswiller « pour 70 000 francs à Martin Spenlé, cultivateur, originaire de Mühlbach »[14] : toute la famille part alors s’installer à Haguenau. Henri et Palmyre s’installent au 6 rue de la Redoute (ils sont officiellement enregistrés à la mairie au 2 novembre 1922[15]). Le recensement de 1926 indique qu’une bonne, catholique, du nom de Hélène Rustenholz (née en 1907) vit et travaille chez le couple;  selon le recensement de 1936, elle est remplacée par une autre bonne, également catholique, du nom de Émilie Hartmann (née en 1916).

Les parents d’Henri habitent le même immeuble, alors que son frère, Sylvain, son épouse et leurs deux enfants[16], s’installent dans l’immeuble voisin au 4 rue de la Redoute; sa sœur, Clémence, son époux et leurs deux enfants[17], s’installent au 7 rue des Roses[18]. Le départ de la famille SAMUEL coïncide d’ailleurs avec la désaffection de la synagogue de Weiterswiller.

 

Signature de SAMUEL Henri apposée au bas d’un document instituant les conditions de liquidation de la société « Samuel Frères » en cas de décès de l’un des associés. 31.12.1925

Le 1er janvier 1923, Henri, Sylvain et Joseph s’associent pour fonder l’entreprise « Samuel frères » à Haguenau, spécialisée dans le commerce de chevaux[19]. Un certificat écrit de la main de Désiré BRUMBT, ancien maire de Haguenau et commissaire régulateur à la gare de Saint Germain des Fossés (Allier) à la date du 1er août 1942, atteste que Joseph, Sylvain et Henri « étaient honorablement connus et estimés par les agriculteurs et les propriétaires du Bas-Rhin auxquels ils fournissaient régulièrement des chevaux achetés dans les différents centres d’élevage de France et importés en Alsace. »[20] La Tribune Juive mentionne que lorsque la famille SAMUEL vient s’installer à Haguenau, Abraham est alors trop âgé pour « s’occuper de son commerce de chevaux, mais ses fils et son neveu, qui avaient l’affaire en leur nom et qui entouraient leur père et oncle des soins les plus affectueux, continuèrent à lui rendre compte de leurs affaires. »[21]

Le samedi 24 mai 1924, la famille SAMUEL se rassemble à la synagogue de Haguenau pour organiser une triple fête de famille: Abraham et Élise fêtent leurs noces d’or, Émilie et Jacques fêtent leur noces d’argent et Alfred, fils de Clémence et Joseph (né en 1911 à Bouxwiller), fête sa Bar Mitzvah. « Un banquet de 65 à 70 couverts servi dans la grande salle du « Crocodile » retint toute la famille ainsi que quelques invités jusqu’à une heure fort avancée de la nuit ».[22]

Le vendredi 22 novembre 1929, la famille SAMUEL est en deuil: Abraham SAMUEL est alors inhumé au cimetière israélite de Haguenau. Suite à cela, Élise LEHMANN quitte le 6 rue de la Redoute et s’installe chez sa fille Clémence et son gendre au 7 rue des Roses[23].

La guerre et l’évacuation de la ville de Haguenau : Une nouvelle vie dans la France libre

             Le 18 mai 1940, la famille SAMUEL doit quitter précipitamment la ville de Haguenau, officiellement évacuée à cette date. Ils y laissent leurs biens meubles et immeubles[24] et se réfugient à Lapalisse, non loin de Vichy (Allier).

Ils arrivent dans la commune de Lapalisse : Henri et son épouse s’installent rue Traversière avant de déménager rue Nationale en 1943 ; Henriette, son époux Gabriel SCHWARTZ et leur fille Andrée, ouvrière s’installent rue Nationale ;  Juliette, son époux Maurice REHS, quincaillier, et leurs deux filles, Alice et Marcelle, mécanicienne s’installent route de Bellevue ; Emilie et son fils Simon LEVY, marchand de bestiaux s’installent rue Nationale; Clémence et Joseph SAMUEL, ainsi que leurs enfants Alfred et Lucie s’installent route de Bellevue puis rue Nationale ; enfin, Sylvain, son épouse Elvire SALOMON et leur fille Marthe s’installent également rue Nationale.

Les autres membres de la fratrie SAMUEL, à savoir Jacques, son épouse Berthe WEIL et leurs fils Jean Gilbert et Pierre André, ainsi que Céline, son époux Arthur WEILL et leur fille Alice se réfugient à Dausse dans le Lot-et-Garonne[25].

Henri, Palmyre, ainsi que les membres de la famille SAMUEL présents à Lapalisse, se font recenser comme Juifs français, conformément aux mesures antisémites promulguées le 2 juin 1941 par l’Etat français à Vichy.

La vie continue alors à Lapalisse : les trois associés, Joseph, Sylvain et Henri poursuivent leur activité de marchands de chevaux pour assurer leur subsistance. Lorsque la loi du 1er décembre 1941 interdit aux Juifs l’exercice de leur profession à dater du 15 janvier 1942, Joseph Samuel envoie une requête au Commissaire Général aux questions juives afin d’obtenir une dérogation à cette loi pour continuer d’assurer la subsistance de sa famille. Il y met en avant le fait que sa famille est établie en France « depuis cinq générations au moins » et que plusieurs membres de sa famille se sont battus pour la France en 1870 (dont Abraham SAMUEL), 1914-1918 (lui-même) et 1939-1940 (son fils Alfred)[24].

Deux naissances viennent également ponctuer la vie de la famille durant la guerre : celle de Michel Hauser en 1943, fils de Lucie SAMUEL (fille de Joseph et Clémence) et de Jean-Jacques LEVY le 6 juillet 1944.

Probablement suite à une dénonciation, Henri et son épouse sont arrêtés par la Gestapo le 30 juin 1944, puis internés à la Mal-Coiffée, prison militaire allemande à Moulins (Allier). Le 15 juillet 1944, ils sont transférés à Drancy, où Henri reçoit le matricule N°25170 et Palmyre le matricule N°25171[26]. La mention de « déporté racial » figure sur la demande d’ouverture d’un dossier en vue de l’établissement d’un acte de décès, demande établie en 1946 par son frère, Sylvain SAMUEL, réinstallé au 6 rue de la Redoute après la guerre.

Le 10 août 1947, un document de la mairie de Weiterswiller acte le décès d’Henri et de Palmyre au 5 août 1944, soit immédiatement à leur arrivée au camp d’Auschwitz par le convoi 77, parti le 31 juillet précédent de Drancy.

 

[1] Source: La Tribune Juive – Strasbourg, n°22, 30.05.1924

[2] Archives privées de la famille WEILL Jean-François.

[3] Etat civil de Weiterswiller, Archives départementales du Bas-Rhin, Strasbourg.

[4] Weiterswiller. A la recherche des racines de nos maisons, CD-Rom réalisé par François SCHUNCK et Jean-Pierre Bloch, 2016

[5] Ibidem

[6] Ibidem.

[7] Arrêté le 30 juin 1944 avec Henri et Palmyre et déporté dans le convoi 77.

[8] Inscrit comme étant « en fuite » au recensement des Juifs de Lapalisse le 3 août 1944.

[9] Jean Samuel, Il m’appelait Pikolo. Un compagnon de Primo Levi raconte, Robert Laffont, 2007, p.118

[10] Ernest Weill, Itinéraire d’un juif alsacien 1915-1945. La Lorelei ou le mythe maudit, Jerôme Do. Bentzinger, 2010, p.69

[11] Ernest Weill, Itinéraire d’un juif alsacien 1915-1945. La Lorelei ou le mythe maudit, Jerôme Do. Bentzinger, 2010, p.19

[12] Dénombrement de 1926, ville de Haguenau, Archives municipales de la ville de Haguenau et dénombrement de 1936, ville de Haguenau, Archives départementales du Bas-Rhin, Strasbourg, 364D6/1

[13] Source: La Tribune Juive – Strasbourg, n°22, 30.05.1924

[14] Weiterswiller. A la recherche des racines de nos maisons, CD-Rom réalisé par François SCHUNCK et Jean-Pierre Bloch, 2016

[15] Certificat délivré par la ville de Haguenau le 9 août 1946.

[16] Albert (09.05.1912) et Marthe (05.09.1917) SAMUEL. Albert décède à l’âge de 26 ans, à Haguenau, le 6 décembre 1938. Il est inhumé dans le cimetière israélite de la ville.

[17] Alfred (13.05.1911) et Lucie (01.11.1921) SAMUEL.

[18] Dénombrement de 1926, ville de Haguenau, Archives municipales de la ville de Haguenau

[19] 802D175 numéro 190, Archives départementales du Bas-Rhin, Strasbourg

[20] Archives privées de la famille WEILL Jean-François.

[21] Source: La Tribune Juive – Strasbourg, n°48, 29.11.1929

[22] Source: La Tribune Juive – Strasbourg, n°22, 30.05.1924

[23] Dénombrement de 1936, ville de Haguenau, Archives départementales du Bas-Rhin, Strasbourg, 364D6/1.

[24] Archives privées de la famille WEILL Jean-François.

[25] Les 18 membres de la famille réfugiés à Dausse s’étaient reconvertis dans l’agriculture. Le 2 mars 1944, la Gestapo arrête tous les adultes de la famille: parmi eux, Arthur et Alice WEILL, ainsi que Jacques SAMUEL, son épouse Berthe et leurs deux fils, Jean et Pierre. Selon Jean SAMUEL, la famille avait été dénoncée car deux de ses oncles, dont Arthur Weill, étaient dans la Résistance. Jean Samuel, Il m’appelait Pikolo. Un compagnon de Primo Levi raconte, Robert Laffont, 2007, p.30; article Danièle Brisson.

[26] Archives du Ministère des Anciens Combattants et victimes de guerre.

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