Paru dans Scolaire, Périscolaire le lundi 09 octobre 2017.

Convoi 77, un projet européen pour enseigner la Shoah autrement

Notre partenaire «Laïcités.info» a suivi le développement du projet Convoi 77 que ToutEduc avait annoncé au mois de janvier alors qu’une classe avait présenté les premiers résultats de son travail de recherche à la ministre de l’Éducation nationale de l’époque, Najat Vallaud-Belkacem, pour la Journée de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l’Humanité.

Après une année d’expérimentation dans les académies de Créteil et Versailles, le projet européen Convoi 77 a été présenté le 29 septembre à l’Hôtel de Ville de Paris à des recteurs, inspecteurs, chefs d’établissement et à des enseignants . «Je crois qu’on n’enseigne pas la Shoah au XXIe siècle comme on l’enseignait au XXe», analyse Georges Mayer, président de l’association Convoi 77, lui-même fils de déporté. «Il faut proposer des pédagogies innovantes, s’adapter aux réalités, tant sociologiques que technologiques, de notre siècle. D’où ce projet européen Convoi 77».

Des biographies des déportés

L’association propose à des élèves de rédiger la biographie d’un des 1 321 déportés du dernier grand convoi qui a relié Drancy à Auschwitz le 31 juillet 1944. Une façon de rentrer dans la grande histoire à travers le récit de vie d’une personne déportée, de mettre des visages sur les noms des victimes. Pour ce faire, l’association facilite l’accès à des documents d’archives dont un grand nombre sont numérisés. Les enseignants qui s’inscrivent sur le site accèdent à un espace dédié dans lequel ils peuvent télécharger ces documents et échanger avec des collègues sur un « forum ». Les déportés de ce convoi sont originaires de 35 pays différents, dont beaucoup de France, de Pologne, mais aussi d’Ukraine, d’Algérie, de Grèce ou de Turquie. Des classes de 37 pays différents mènent des travaux de recherche, chacune sur l’un de ces 1 321 déportés. Les établissements participants peuvent d’ailleurs prendre contact les uns avec les autres pour partager leurs éléments d’archives par exemple. L’association dispose de documents sur environ 400 déportés. Pour les 900 autres, il ne reste que des informations basiques comme le nom, prénom, date et lieu de naissance, adresse.

«C’est cela aussi la Shoah : la disparition de personnes, de familles mais également de tous les objets, photos, documents qui pourraient nous permettre de reconstituer ce que fut leur vie», indique Claire Podetti, enseignante d’histoire venue présenter un projet de classe interdisciplinaire mené avec sa collègue de français Clarisse Girard dans le cadre d’un EPI. Quatre autres enseignants ont participé au projet (anglais, technologie, arts plastiques, éducation musicale). Les élèves de leur classe de 3e ont écrit la biographie de Jankiel Fensterszab dont la fille Ida Grinspan, rescapée, vient témoigner chaque année dans leur collège. Les adolescents ont travaillé à partir d’objets de famille conservées par Ida Grinspan (des photos, un dé à coudre, un faire-part de mariage) et de ses souvenirs. Ils se sont aussi appuyés sur des documents qu’ils ont consultés aux archives nationales de Pierrefitte et aux archives de la préfecture de police au Pré-Saint-Gervais. Ils ont ainsi découvert que la famille Fensterszab, venue d’Allemagne, avait un visa pour le Portugal. Elle n’avait pas prévu de s’arrêter en France. Les élèves se sont rendus rue Clavel à Paris, là où la famille vivait, en compagnie d’Ida Grinspan qui leur a montré l’immeuble de son enfance. La visite de ce quartier s’est poursuivie par un atelier artistique.

Un EPI et une pièce de théâtre

Les élèves ont « comblé » les vides de la vie de Jankiel Fensterszab avec des encadrés historiques. Ils ont choisi d’écrire une version plus littéraire de leur texte et ils imaginent la conversation entre ce père de famille et sa fille, après avoir lu des extraits d’Enfance de Nathalie Sarraute. Ils l’ont joué devant les habitants de la maison de retraite de leur quartier, puis pour leur famille, leurs professeurs et Ida Grinspan. Cette dernière garde d’ailleurs un souvenir ému de tout le travail mené avec les élèves : «C’était à la fois difficile et merveilleux de me rappeler et de partager ces souvenirs avec ces jeunes. En voyant la pièce de théâtre qu’ils ont jouée, j’ai réentendu papa. C’était vraiment formidable», a-t-elle souligné durant le colloque de présentation du projet. «Ce projet de classe, ce n’était pas que de l’histoire et du français. C’est utile pour notre vie de tous les jours, pour lutter contre le racisme, l’antisémitisme et les injustices», dit au micro une ancienne élève de la classe – désormais au lycée –, venue expliquer ce que lui a apporté ce projet.

L’association Convoi 77 accompagne les enseignants dans les différents stades du projet. La première prise de contact se fait via le site internet à la rubrique « contact » ou « participer au projet ». Les enseignants qui souhaitent organiser des visites sur des lieux de mémoire peuvent faire appel aux référents Mémoire et citoyenneté de leur académie.

Convoi 77 bénéficie de de nombreux partenariats institutionnels conclus avec le ministère de l’Éducation nationale, le Mémorial de la Shoah de Paris, la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, la Dilcra, Science Po, etc., et l’année prochaine, la mairie de Paris souhaite organiser une cérémonie officielle de remise des biographies pour recueillir les travaux d’élèves de façon solennelle.

Un article de Louise Gamichon (Laïcités.info)

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