Charlotte MENTZEL, née ROTHSCHILD

1909-1944 | Naissance: , | Arrestation: | Résidence: , ,
Ruth Mentzel

Photo de sa fille, Ruth, ci-contre, nous n’avons pas de photo libre de droits à proposer.

Travail en projet sur Convoi 77

Réalisé par la classe de 9ème de Schillerschule à Francfort sur le Main en 2015-16, équivalant à la 3° en France.

Biographie de Charlotte Mentzel, née Rothschild

 

Charlotte Josephine Mentzel, née Rothschild, voit le jour le 10 novembre 1909, à Francfort-sur-le-Main, en Allemagne. Ses parents sont Henrich Gotthelf (Henry) Rothschild et Bertha Merzbach. On l’appelle familièrement « Lotte ». Elle est la cadette d’une fratrie de trois filles.

On ne sait pratiquement rien ni de sa prime enfance, ni de ses premiers lieux de vie. Elle fait des études au lycée Viktoria de Francfort-sur-le-Main — ce lycée s’appelle à présent Bettina.

Après son baccalauréat, en 1929, Charlotte débute des études d’arts appliqué à la Bauhaus de Dessau, académie d’art très réputée de la République de Weimar, puis poursuit à l’École des Arts appliqués de Francfort. C’est une jeune femme libre, portant les cheveux très courts et des pantalons, brillante, pleine d’enthousiasme pour le mouvement artistique révolutionnaire du Bauhaus. À l’été 1929, elle apprend la théorie de base comme les autres élèves, mais, au début de l’hiver suivant, elle aurait pris la responsabilité de l’atelier de travail sur métaux. Elle design des objets destinés à l’industrie aussi bien que des éléments métalliques de mobilier. Après ses études, elle travaille comme designer, artisan et traductrice technique.

À la Bauhaus, elle fait la connaissance de son futur époux, Albert Mentzel. Né le 24 mai 1909 à Berlin-Köpenick, il étudie la peinture et le dessin publicitaire de 1928 à 1931 avec Albers, Klee et Kandinsky. Il fait partie de la troupe théâtrale du peintre, chorégraphe et théoricien Oscar Schlemmer. Charlotte participe à l’aventure artistique. Leur jeune couple est photographié en 1930 par la photographe Etel Fodor-Mittag. Ils se marient peu après leur rencontre. Le 10 février 1932, naît leur fille aînée Ruth. La seconde, Catherine Anne, voit le jour le 5 janvier 1937 et leur fils Henry, le 31 mai 1939. À partir du 3 mars 1933, la famille réside dans une cité de Francfort (Heimatsiedlung), dont l’adresse exacte est : Unter den Platanen 15, rez-de-chaussée à gauche. Le bâtiment n’ayant pas été détruit pendant la guerre, il est toujours à cette adresse.

Après la prise du pouvoir par le parti national socialiste, la situation de la famille Mentzel devient critique. Le mariage de Charlotte et Albert est déclaré « mariage mixte » par les nouvelles lois raciales antijuives : il est d’ascendance allemande, elle, juive. Interdits dès 1935, les « mariages mixtes » qui dataient d’avant cette date ne furent néanmoins pas rompus. Mais les Juifs ayant contracté un « mariage mixte » furent soumis à diverses mesures vexatoires. Ils furent notamment déchus de leurs diplômes et dépouillés de leur dignité[1].

Mais Charlotte et Albert n’avaient pas attendu : dès 1933, compte-tenu des évènements et des changements politiques en Allemagne, la famille s’enfuit à Paris. Bien qu’Albert travaille comme dessinateur publicitaire auprès de Victor Vasarely, de proches parents subviennent aux besoins de la famille en exil. Le père de Lotte meurt en 1936, à Francfort[2].

Au début de la guerre, Albert, qui était toujours citoyen allemand, est interné au camp de Chambaran, puis il rejoint l’armée française en s’engageant dans la Légion étrangère et est envoyé en Algérie. Il est démobilisé en 1941 à Pibrac (en Haute-Garonne, aujourd’hui). Sa famille, fuyant l’avancée allemande, le rejoint à Toulouse.

À Toulouse, Charlotte travaille comme traductrice technique et assure le plus gros de la subsistance commune. Le 2 décembre 1941, la déchéance de nationalité est prononcée. Albert s’implique activement dans la Résistance. Le niveau de danger augmentant pour les Juifs, à l’été 1944, les parents confient leurs deux plus jeunes enfants, Catherine-Anne et Henry, à l’orphelinat de Loure-Barousse, où ils resteront jusqu’en 1946 Ruth, qui a douze ans, reste avec eux. Leur dernière résidence est rue Sainte-Hélène, à Toulouse.

Le 20 juin 1944, dénoncées, Charlotte et Ruth Mentzel sont arrêtées par la sûreté allemande des armées (Geheime Feldpolizei). Le numéro 21481 leur est attribué à toutes deux et elles sont placées en détention, puis envoyées au camp de Drancy, le 25 juin. Le 31 juillet, Charlotte et Ruth sont déportées au camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz[3], où leur trace se perd. La date officielle de leur mort est le 2 août 1944[4].

Albert se trouve en détention à la prison Saint-Michel, gérée par la Gestapo à Toulouse, quand il est libéré le 20 août par des partisans. Après la seconde guerre mondiale, à partir de 1954, il poursuit sa carrière artistique sous le nom de Flocon (celui de sa grand-mère maternelle, d’origine française) et enseigne le dessin à l’École Estienne à Paris. Il écrit plusieurs livres, se remarie et est père à nouveau. Il devient titulaire de chaire de perspective à l’École des beaux-arts de Paris, en 1964. Il meurt en 1994, à Paris[5]. Catherine-Anne et Henry ont survécu à la guerre, mais ne sont rentrés qu’en 1946.

Dans le vieux cimetière juif de Francfort-sur-le-Main, à côté du musée juif, un mur a été érigé en souvenir des victimes de la Shoah originaires de la ville. Une petite pierre avec les noms de Charlotte et Ruth nous rappelle leur destinée.

[1] Ils ne seront toutefois pas considérés comme « déportables » quand les nazis organiseront la déportation des Juifs d’Allemagne, mais le seront peu avant la fin du Reich. Ainsi, le membre juif de ces couples mixtes avait un statut particulier, qui n’allait cependant pas les préserver de l’objectif planifié de les exterminer. (Note des élèves qui ont rédigé la biographie.)

[2] La mère de Lotte a survécu, elle est morte à Londres en 1951. Une de ses filles a aussi vécu dans la capitale anglaise. Deux sœurs sont mortes très âgées.

[3] Auschwitz-Birkenau fut un des plus grands et plus complexes camps d’extermination. En 1940, les premières vagues massives de personnes d’origine juive furent conduites à Auschwitz. Comme les détenus devaient vivre dans la promiscuité et le dénuement, des infections et des maladies graves se développaient rapidement. Les prisonniers mouraient même avant cela à cause de la pénibilité des travaux. Vers a fin de la guerre, l’Armée rouge se rapprocha et « libéra » le camp le 27 janvier 1945. Le documentaire anglais Night Will Fall, initié en 1945 et finalement publié en 2014, montre certaines scènes de cette « libération ». Parmi d’autres cinéastes, Alfred Hitchcock participa à ce documentaire tandis que Billy Wilder travailla à un autre. (Note des élèves qui ont rédigé la biographie.)

[4] Les documents officiels portent cette date, mais il semble que le convoi 77 ne soit arrivé que le 3 au soir à Auschwitz.

[5] Ses archives de graveur-buriniste ont été confiées à l’IMEC. Voir le texte de Yves Chevrefils Desbiolles « La douceur du graveur Albert Mentzel-Flocon », in Les Carnets de l’Imec, n° 4, automne 2015.

Charlotte Mentzel – acte de naissance
plaque commémorative – en mémoire de Charlotte Mentzel, vieux cimetière juif de Francfort sur le Main
plaque commémorative – en mémoire de Ruth Mentzel, vieux cimetière juif de Francfort sur le Main
Maison où Charlotte Mentzel est née, photo récente
Piece of art by Albert Mentzel
Ruth Mentzel

Contributeur(s)

ULRIKE BÄR, Des documents nouvellement découverts et mis en forme par Laurence KLEJMAN sont venus compléter l’excellent travail accompli par les élèves et leur professeure.

References

  • Photograph 1 (Charlotte Mentzel - certificate of birth): registry office Frankfurt am Main
  • Photograph 2 (house of birth of Charlotte Mentzel in its current appearance): photograph taken by student
  • Photograph 5 (Ruth Mentzel): Klarsfeld, Beate und Serge: Endstation Auschwitz. Die Deportation deutscher und österreichischer jüdischer Kinder aus Frankreich. Ein Erinnerungsbuch. Köln 2008, S. 98.
  • Photographs 7 and 8 (commemorative plague - stone in remembrance of Charlotte and Ruth Mentzel, old Jewish cemetery in Frankfurt am Main): photographs taken by student

Liens

3 commentaires
  1. Catherine Ballestero 8 mois ago

    Je suis la fille de Lotte Rothschild et J’ai été très touchée de lire le travail des les élèves de la Schillerschule de Francfort.
    Quelques petites erreurs sans importance: je ne pense pas que Lotte ait jamais été responsable de l’atelier de métal au Bauhaus; mon père, Albert Mentzel s’est engagé dans la légion étrangère pour lutter contre l’Allemagne; enfin, mes parents et ma sœur Ruth habitaient rue Sainte-Hélène à Toulouse lors de leur arrestation et non à Sainte-Hélène en Gironde. Pouvez-vous transmettre ce mot aux élèves de la Scillershule ? Merci, Catherine Ballestero née Mentzel

    • Serge Jacubert 7 mois ago

      Chère madame,
      tous nos remerciements pour ce que vous avez écrit, le message a été transmis au professeur allemand qui a travaillé avec sa classe. Pour illustrer chaque biographie, nous souhaitons mettre en exergue une photo de la personne concernée et nous n’avons pu le faire que pour Ruth, la seule photo que nous ayons trouvée pour votre mère étant soumise à des droits, nous n’avons pas pu la publier.
      Si vous avez une photo libre de droits, nous vous serions reconnaissants de nous la fournir.
      Bien à vous
      Serge Jacubert
      PS : si vous vous sentez concernée par nos efforts et nos résultats, nous serions heureux de vous compter parmi nos adhérents (adhésion à prix très modique).

  2. Serge Jacubert 2 semaines ago

    Madame Ballestero,
    nous vous remercions à nouveau pour votre commentaire et avons fait notre possible pour modifier la biographie.

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