Jérôme SKORKA

1924 - 2013 | Naissance: | Arrestation: | Résidence: , , ,
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Yerme (Jérémie) SKORKA naît à Zagorow, Voïvodie de Grande Pologne, le 20 avril 1924.

Son père, Jacob SKORKA, est rabbin, sa mère, Slatka, née Szejman, est modiste et vend des chapeaux à Słupca. Yerme a une sœur Ryvka et deux frères plus jeunes Lajb (Léon) et Zalme (Zali).

En 1929, Jacob réussit à immigrer en France, pour y travailler en usine, dans la ville de Nancy, où la sœur de Slatka s’était établie et mariée auparavant.

En 1930, Slatka, Ryvka et ses deux frères rejoignent Jacob à Nancy. Zalme, de santé fragile, succombe à une broncho-pneumonie. Ryvka devient Régine, Yerme devient Jérôme et Lajb devient Léon.

1938 : Jacob et sa famille sont déclarés apatrides par le gouvernement polonais. Les demandes de naturalisation française sont ajournées.

1940 : les SKORKA fuient la progression de l’armée allemande et arrivent à Libourne (Bordeaux). Jacob et Jérôme sont ouvriers agricoles, Slatka et Régine préparent les repas. Cet intermède aux champs ne dure pas, sans doute par manque d’efficacité des ouvriers agricoles. La famille déménage à Bordeaux, et chacun trouve un « petit boulot », Régine retourne travailler sur les marchés.
Septembre 1940, Régine retourne à Nancy pour rouvrir son étal au marché, cependant que Vichy publie son premier statut des Juifs.
Décembre 1940, toute la famille SKORKA, à l’exception de Régine, est internée au camp de La Lande, à Monts, près de Tours.

1941 : Pierre Marie, adjoint d’Edouard Vigneron, du bureau des étrangers au commissariat de police de Nancy, établit une « vraie-fausse carte d’identité » pour Régine au nom de HIEBEL, née à Metz. Régine se sert de cette carte pour rendre régulièrement visite à sa famille au camp.
Octobre 1941 : Jérôme s’évade, pour éviter d’être piégé en camp fermé (avant le camp de la Lande était ouvert) et rejoint Dijon. Régine vient le chercher, cachée dans une poubelle de wagon restaurant, par les cheminots résistants (la sortie de la zone rouge était devenue plus difficile). Jérôme n’avait pas de papier, mais la chance l’aida à rentrer à Nancy avec Régine et à échapper à un contrôle de police lors de l’arrestation de sa sœur pour commerce illégal (histoires à lire dans le livre de Jérôme)

Juillet 1942 : les policiers du bureau des étrangers avertissent  les Juifs de Nancy d’une rafle programmée et sauvent environ 300 personnes, qui seront cachées par des Nancéiens. Fin du mois, Régine et des membres de la famille de sa tante passent avec succès en zone libre, aidés, puis mis en difficulté par un passeur véreux.
Jérôme part de son côté, avec des amis pour la zone libre avec, lui aussi, une vraie-fausse carte d’identité au nom d’Hubert Hiebel, né à Metz (épisode rocambolesque de traversée de la ligne de démarcation dans un tender de locomotive, grâce aux cheminots résistants).

Août 1942 : Régine et Jérôme apprennent que leurs parents sont séparés  du jeune Léon qui part pour Angers. Ils n’auront plus de nouvelles. Les parents sont déportés dans le convoi 31, le 11 septembre ; leur frère dans le convoi 8 du 20 juillet.
Régine trouve du travail dans un commerce de chaussures, Jérôme est embauché comme tourneur-fraiseur chez Citroën.

1943 : en juin, Jérôme reçoit un ordre d’incorporation aux chantiers de Jeunesse (sous son faux nom d’Hubert Hiebel). Il y répond et part pour Rumilly en Savoie.  Au mois d’août, comme de nombreux autres adolescents du camp, il est envoyé aux vendanges du côté de Narbonne.  A peine de retour au camp de jeunesse, la nouvelle qu’il faudra partir pour l’organisation Todt en Normandie se répand et Jérôme décide de s’évader à nouveau et d’entrer dans la clandestinité et la résistance (groupes de combat de l’Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide). Fin 43 et début 44, Jérôme participe à de nombreuses actions de résistance et réussit à déjouer plusieurs embûches.

1944 : 6 juin, débarquement.
22 juin : arrestation de Jérôme, au domicile rue de l’Annonciade, par des miliciens, dirigés par un membre de la Gestapo. Régine tombe dans le piège et est arrêtée également. Internement au camp de Montluc, interrogatoires conduits par celui sur qui ils ne mettront un nom que bien plus tard : Klaus Barbie. Identifiés comme Juifs, ils ne sont pas fusillés, mais partent pour Drancy.
31 juillet – 2 août : convoi n° 77, Drancy Auschwitz.
Un jour du mois d’août à Auschwitz : Jérôme  rencontre Michel Gelber, un ami de Nancy, interné au camp de la Lande et déporté en même temps que Léon, le jeune frère de Jérôme, en 1942. Michel lui apprend comment on meurt et « sort par la cheminée », que ce fut le sort de sa femme et de ses deux enfants, mais aussi de Léon, le jeune frère de Jérôme et Régine, qui n’a tenu que six mois, de son père, Jacob, qui a attrapé le typhus après 3 mois et n’avait plus ses lunettes, alors qu’il était très myope.
7 octobre : des avions tournoient au-dessus du camp avec les corps suppliciés des membres du sonderkommando qui avaient fait sauter des fours crématoires.
28 octobre et le lendemain : transfert avec d’autres, mais pas tous, vers le camp de Stutthof, près de Dantzig (Gdansk aujourd’hui), sur la Baltique. Dans ce camp, Jérôme souffre du typhus, mais survit.
Mi-décembre : transfert vers le camp de Vaihingen sur Enz, à côté de Stuttgart. Jérôme a un pied gelé pendant le transfert et travaillera quand même à l’enlèvement de la glace hivernale de terrains d’aviation.

1945 fin janvier, transfert en camion, de Vaihingen vers le camp d’Ohrdruf, au sud-ouest de Weimar. Jérôme y est désigné « croque-mort », responsable de l’enlèvement des morts.
12 février : Jérôme va au revier (infirmerie) à cause de son pied malade. Le médecin russe, apprenant qu’il est français, opère et incise l’infection de son pied, suite de l’engelure, pour lui éviter la mutilation et la mort. Il renouvelle trois fois les incisions, les jours suivants.
2 avril : Evacuation du camp d’Ohrdruf, à pied pour les valides, en camion pour les malades pouvant se déplacer, dont Jérôme, pour le camp d’Erfurt. Les infirmes et les moribonds sont massés dans la baraque des cuisines et ils la font sauter.
3 avril : transfert en camion au camp de Buchenwald.
8 avril : parmi dix mille autres affamés et épuisés, Jérôme, avec son pied entaillé, ressentant les une intense douleur dans sa cheville, comme un piston qui cogne, marche, cependant que des soldats achèvent ceux qui ne peuvent suivre.
11 avril : troisième jour de marche, arrivée à Iéna.
12 avril : Jérôme et celui avec qui il s’était lié, Martin, parviennent à échapper à la colonne, alors que les gardiens se font plus rares, mais aussi plus violents.
Vendredi 13 avril 1945 : après deux autres miracles (des Allemands charitables qui leur donnent à manger, un jeune SS qui les met en joue et renonce à les tuer) ils rejoignent des Américains, dans la région de Crossen.

22 mai : retour à Nancy, visage méconnaissable, à cause d’un œdème  contracté à Crossen, en avalant les premiers aliments.
A partir de 1979, Jérôme Skorka,  qui a francisé son nom en Scorin, intervient  dans les Collèges et Lycées qui le sollicitent, parle de sa vie entre 1939 et 1945, répond aux interrogations des élèves et à l’occasion, les accompagne avec leur professeur dans des voyages  sur les lieux de l’horreur, mais aussi de la mémoire.

Pour son action pédagogique, il reçoit la décoration à laquelle il est le plus attaché,  les Palmes Académiques, le 28 septembre 2008.

Il est fait Chevalier de la Légion d’Honneur le 18 février 2001.

Jérôme Scorin décède le 17 janvier 2013.

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Contributeur(s)

Bertrand SCORIN, Jacques et Serge JACUBERT

References

  • Livre écrit par Jérôme SKORKA à compte d’auteur et publié en 2009 aux éditions Christmann sous le titre : L’itinéraire d’un adolescent juif de 1939 à 1945, photo de la page de garde.
  • 2. Enregistrement du témoignage de Jérôme SKORKA, réalisé en 2001, par Jean-François Genet, à bord d’un train de pèlerinage retournant à Auschwitz. Récit poignant de tentatives d’évasion pendant le convoi.
  • Livre écrit par Régine SKORKA JACUBERT, sa sœur, publié aux éditions Le Manuscrit, sous le titre : Fringale de vie contre usine à mort.
  • Photos de famille appartenant à Bertrand SCORIN, fils de Jérôme SKORKA

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