Tauba GOLDSTEIN

1920 - 1944 | Naissance: , | Arrestation: |
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Biographie de Tauba Goldstein, née à Copenhague

 

Par les élèves de la classe de Seconde 2 du Lycée Français Prins Henrik de Copenhague (Danemark)

 

Premiers pas dans le projet Convoi 77

Convoi 77 est un projet initié par l’association du même nom et reconnu par l’Union Européenne. Il concerne le dernier convoi de Juifs déportés de Drancy à Auschwitz-Birkenau, celui du 31 juillet 1944. Dans certaines écoles en France et en Europe, des lycéens ont été chargés de faire des recherches sur un homme, une femme ou un enfant juif déporté dans ce convoi pendant la Shoah, de retracer sa vie et de reconstituer sa biographie.

Notre classe, la Seconde 2 du Lycée Français Prins Henrik de Copenhague, a effectué des recherches sur Tauba Goldstein, également prénommée Thérèse. Nous ne possédions que très peu d’informations pour nous aider à amorcer nos recherches, seulement son lieu et sa date de naissance et de déportation. Nous ne savions pas où ce projet allait nous mener, ni s’il allait aboutir. Avec l’aide du blog de Michelle Goldstein, la nièce de Tauba, nous avons trouvé nombre d’informations sur sa famille, ce qui nous a permis de composer au fur et à mesure son arbre généalogique qui a été un outil très important pour diriger et concentrer au mieux nos recherches (cf. document A).

Le travail a été réparti dans la classe de sorte que certains élèves ont fait des recherches sur des sites Internet, d’autres ont trouvé des personnes et des organisations auxquelles demander des informations supplémentaires, telles que le Mémorial de Drancy, les Archives du Mémorial de la Shoah et l’Association des Fils et Filles de Déportés Juifs de France dont le président Serge Klarsfeld nous a été d’une aide précieuse.

 

Tauba Goldstein et sa famille

Nous avons eu accès aux registres de l’État civil de Copenhague (Danemark), datant d’avant la Première Guerre mondiale (cf. document B). Ce registre nous a fourni des informations sur toute la famille Goldstein lors de son séjour au Danemark. Selon le registre de l’État civil, Samuel Goldstein, né le 3 novembre 1878, en Russie, serait arrivé en 1910 au Danemark en provenance de Pologne (la Pologne était alors sous souveraineté russe). Toujours selon le registre, il était de confession juive et il fut enregistré sous la profession de tailleur. Les mêmes informations sont indiquées pour son épouse ainsi que pour les huit premiers-nés de la famille. Il n’y a aucune mention particulière sur Tauba Goldstein, qui n’est alors pas encore née.

En effet, Tauba Goldstein (cf. document C) est née le 17 avril 1920 à Copenhague, de deux parents juifs : Samuel Goldstein et Jochebed Lebovitsch. Ses parents ont déménagé de nombreuses fois durant leur jeunesse. Dans les années juste après leur mariage, en 1907, ils ont eu trois enfants à Lodz, en Pologne : Isaac, Wolf et Gita. Cependant, Samuel Goldstein a dû émigrer au Danemark pour, peut-être,  fuir la conscription dans l’armée du Tzar de Russie entre 1910 et 1914. Pendant cette période de leur vie, leurs enfants Tobias, Kopel, Elieser, Hanna-Léa, Herman et Tauba ont vu le jour. Ils ont ensuite séjourné à Berlin en 1922 lorsque Feiga est née. Finalement, ils se sont installés à Paris en 1923, puis Anna, Louise, Georges et Joseph sont venus au monde.

 

Tauba, dite Thérèse, une jeunesse qui reste obscure

Thérèse ne s’est pas mariée, et n’eut  donc pas d’enfants. Nous n’avons aucune information sur son enfance, ses études, sur les raisons de son déménagement à Paris. Cependant d’après l’association Fils et Filles de Déportés Juifs de France, l’adresse qu’elle a donnée lors de son entrée au camp est le 10 rue des Deux-Ponts, 75004 Paris. (cf. document D) Cette adresse correspond à celle de la fondation juive Fernand Halphen, qui date de 1926, et qui avait installé une cinquantaine de logements aux loyers modestes destinés à des familles nombreuses.

D’après le site de Michelle Goldstein, Thérèse aurait fréquenté l’école Poulletier située dans le 4ème arrondissement de Paris (18 rue Poulletier). Cette école a été construite entre 1903 et 1904 et a toujours été une école malgré les deux Guerres mondiales. Pourtant pendant la Première Guerre, elle aurait été incendiée puis reconstruite en 1923 comme infirmerie. L’école a recommencé son activité en 1928 et aurait eu Tauba Goldstein comme élève, ainsi que sa cousine, l’établissement étant situé à 200 mètres du logement des Goldstein. Malheureusement l’école n’ayant pas retrouvé les archives de cette période, on ne peut confirmer la véracité de ces informations. (cf. document D)

Sur un document (cf. document E), Thérèse a déclaré être couturière mais sur la liste des entrées à Drancy, elle figure parmi les membres du personnel du centre d’enfants de Lamarck, (cf. document E) géré par l’Union Générale des Israélites de France (UGIF). Elle y exerçait une profession du type femme de ménage, infirmière, cuisinière ou monitrice (cf. document D). L’Union Générale des Israélites de France s’est installée dans l’École juive Lucien de Hirsch, 1944 en raison du bombardement du centre d’enfants de Lamarck (cf. Document D). L’UGIF a été créée en 1941 par le gouvernement de Vichy à la demande des Allemands afin de représenter les Juifs de France. L’organisation est située dans le 18ème arrondissement de Paris. Elle  reprend par la suite des centres pour enfants sous le contrôle notamment de la Gestapo et du Commissariat Général aux Questions juives.

 

L’arrestation et le transit au camp de Drancy

Tauba Goldstein est arrêtée le 22 juillet 1944 et transférée au camp d’internement de Drancy  le jour même.  Drancy est un camp de transit, situé au Nord-Est de Paris dans la région Île-de-France, donc dans la zone occupée de la France. C’est un ensemble immobilier inachevé, d’abord réquisitionné par la Wehrmacht pour interner des prisonniers de guerre. À partir de 1941, les premières grandes rafles contre les Juifs ont lieu et les prisonniers sont envoyés à Drancy avant d’être déportés vers la Pologne. Le camp de Drancy est un bâtiment créé à l’origine, dans les années 1930, pour servir comme logements sociaux, et appelé la Cité de la Muette. Le bâtiment est une longue bâtisse en forme de U à angles droits. On trouve à l’intérieur du U une grande cour.

D’août 1941 à août 1944, le camp d’internement de Drancy, est le centre principal de la déportation des Juifs de France et est utilisé pendant trois ans comme principal lieu de départ de la France vers les centres de mise à mort nazis. La majorité des convois partaient pour Auschwitz.  Neuf Juifs déportés de France sur dix sont passés par le camp de Drancy. Les gardes français ont fait preuve d’une grande brutalité vis-à-vis des prisonniers en leur faisant subir de mauvais traitements.

Il existe de nombreux témoignages des juifs internés dans le camp. Les conditions de vie y étaient difficiles par manque d’hygiène, de soins et de nourriture. Pendant ses trois années d’existence, le camp de Drancy s’est trouvé sous les directions successives de Theodor Dannecker, Heinz Röthke et Alois Brunner, trois SS. Le camp était gardé par des gendarmes français, installés dans les « gratte-ciels » derrière le bâtiment en U où étaient internés les prisonniers. Son fonctionnement était sous le contrôle du Service des affaires juives de la Gestapo.

 

Déportation et mise à mort à Auschwitz

D’après les informations données par Michelle Goldstein, le matricule de Thérèse à Drancy était le numéro 25450 et sa classification était B+, ce qui signifiait qu’elle était déportable. Elle fut donc déportée vers le centre de mise à mort d’Auschwitz-Birkenau, situé en Pologne, le 31 juillet 1944, à bord du convoi 77, dernier convoi parti de Drancy en 1944, avec à son bord 1321 déportés. Thérèse arrive à destination le 5 août 1944 et est aussitôt assassinée dans les chambres à gaz. D’après Michelle Goldstein, sa nièce, avec qui nous avons échangé des  e-mail, Tauba n’aurait jamais dû être gazée, dans la mesure où les Nazis gazaient les femmes accompagnées d’enfant, qui ne s’en séparaient pas. Comme Thérèse était célibataire, qu’elle n’avait pas eu d’enfant, elle aurait dû être épargnée. Elle était avec sa belle-sœur, l’épouse de son frère Wolf, et leurs deux enfants, ainsi que trois autres neveux et nièces. Son frère Wolf qui était dans le même convoi que Thérèse, a été sélectionné pour le travail et est revenu de cet enfer.

 

Sur les traces de Thérèse Goldstein

Nous avons commencé par écrire à Michelle Goldstein qui est la nièce de Thérèse Goldstein. Nous lui avons envoyé un e-mail afin d’obtenir des informations supplémentaires sur la vie sa tante. Nous avons eu une réponse très positive par Madame Goldstein qui nous a donné des numéros de téléphone à appeler, des photos ainsi que de nombreuses archives sur la vie de Thérèse. Suite au mail de Madame Goldstein nous avons appelé Monsieur Samuel Adoner qui malheureusement n’a pu donner aucune information sur Thérèse. Par la suite, nous avons pu contacter le frère de Thérèse, Joseph Goldstein, qui lui non plus n’a pas pu nous donner de nouvelles informations, mais nous a redirigés vers les archives du Mémorial de la Drancy que nous avons contacté. C’est finalement le Mémorial de la Shoah, par l’intermédiaire de  Madame Sabrina Vahldiek, qui nous a adressé la fiche d’arrestation de  Thérèse (cf. document E). De plus, Monsieur Serge Klarsfeld nous a aimablement écrit et envoyé des documents (cf. document D et annexe 9) lorsque nous avons sollicité l’association des Fils et Filles des Déportés Juifs de France (FFDJF).

 

 

Documents

Document A : Arbre généalogique de la famille Goldstein

Document B : Registre d’État civil de la famille Goldstein (établi à leur arrivée au Danemark)

Document C : Thérèse (Tauba) Goldstein, photographie fournie par sa nièce Michelle Goldstein

Document D : Lettre de Serge Klarsfeld en réponse à nos questions adressées à l’association Fils et Filles de Déportés Juifs de France

Document E : Fiche (UGIF) de déclaration de l’internement de Thérèse Goldstein

Document F : Liste (UGIF) de personnes arrêtées dans laquelle figure le nom de Thérèse Goldstein

 

Annexes

  • Doc 1 : Photographie d’avant-guerre de Anna Goldstein dans un groupe (la 5è en haut à partir de la gauche, avec un haut blanc)
  • Doc 2 : Portrait de Bernard Goldstein, fils ainé de Wolf Goldstein et Sonia Smiliansky.
  • Doc 3 : Portrait de Daniel Goldstein, fils de Wolf Goldstein et Sonia Smiliansky.
  • Doc 4 : Portrait de Dora Bender, fille de Gita Goldstein et Joseph Bender.
  • Doc 5 : Portrait de Isaac Goldstein et sa femme Ida Menakovski.
  • Doc 6 : Portrait de Jacques et Mina Bender, enfants de Gita Goldstein et Joseph Bender.
  • Doc 7 : Portrait de Joseph Goldstein.
  • Doc 8 : Photographies de Kopel Goldstein.
  • Doc 9 : Livret fourni par M. Serge Klarsfeld, où l’on retrouve le nom des enfants déportés et gazés à Auschwitz, dont Dora, Jacques et Jean Bender, enfants de Gita Goldstein et Joseph Bender.
  • Docs 10 et 11 : Photographies de la maison de la famille Goldstein à Copenhague.
  • Doc 12 : Portrait de Marie Goldstein.
  • Doc 13 : Portrait de profil de Tauba (Thérèse) Goldstein.
  • Doc 14 : Portrait de Wolf Goldstein.

 

 

 

 

Sources et remerciements

Même si nos recherches n’ont pas toujours été fructueuses, nous sommes très reconnaissants à toutes les personnes suivantes pour leur aimable coopération. Nous remercions :

  • Le Mémorial de la Shoah (http://www.memorialdelashoah.org/ – Madame Sabrina Vahldiek)
  • Le Mémorial de Drancy (http://drancy.memorialdelashoah.org/)
  • Madame Michelle Goldstein (http://michelle-goldstein.blogspot.com/)
  • Monsieur Adoner Milo Goldstein
  • Monsieur Joseph Goldstein
  • Le services des Archives du Mémorial de la Shoah
  • Le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF)
  • Monsieur Serge Klarsfeld, Président de l’association Fils et Filles de Déportés Juifs de France (FFDJF – http://www.crif.org/fr/associationsmembres/fils-et-filles-d%C3%A9port%C3%A9s-juifs-de-france-ffdjf/)
  • Monsieur Georges Mayer, Président de l’association Convoi 77 (http://www.convoi77.org/)
  • Monsieur Serge Jacubert (http://www.convoi77.org/)

 

 

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TAUBA_GOLDSTEIN_AnnexeDoc2_Bernard_GOLDSTEIN
TAUBA_GOLDSTEIN_AnnexeDoc3_Daniel_GOLDSTEIN
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Maraige de mes parents Ida Menakovski et Isaac Goldstein 1929
TAUBA_GOLDSTEIN_AnnexeDoc6_Jacques_et_Mina_BENDER
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La maison rouge où vivait la famille Goldstein Copenhague Danemark 1914 1925
La maison où habitait la famille Goldstein à Copenhague au Danemark 1914-1925
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TAUBA_GOLDSTEIN_AnnexeDoc13_Thérèse_GOLDSTEIN
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TAUBA_GOLDSTEIN_docC_Thérèse_GOLDSTEIN_Photographie-fournie-par-sa-niece-Michelle-Glodstein
TAUBA_GOLDSTEIN_docD_Lettre_de_Serge_Klarsfeld
TAUBA_GOLDSTEIN_docE_déclaration-UGIF_internement_de_Tauba_Goldstein
TAUBA_GOLDSTEIN_docF_Déclaration_UGIF

Contributeur(s)

les élèves de la classe de Seconde 2 du Lycée Français Prins Henrik de Copenhague (Danemark), sous la direction de Marine Lechat et Vincent Terrasson, leurs professeurs
2 commentaires
  1. Bruno Descubes, Documentaliste au CDI du lycée Prins Henrik de Copenhague 3 mois ago

    Félicitations pour cet excellent travail de recherche !

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